344 Recherches sur l’origine de l’éducation. Si l’efprit en naiffant ne fe familiarife avec les Sciences, il se moufle, il devient infenfible aux lumières les plus vives. Les Chirurgiens gradués ne pourront donc pas dévoiler à des hommes qui ne connoiflent pas le travail de l’efprit, un Art qui en demande un fi long ufage, qui exige tant de précifion, qui fuppofe une li longue préparation pour en apprendre même les premiers élémens. Ce commerce inftru- £tif de lumières & d’expérience, ce commerce qui eft la fource des richefies de l’Art, eft donc abfolument interdit i car comment l’établir parmi des hommes, dont les uns font fi riches en connoiffances, & les autres en font fi dénués qu’on ne trouve en eux que la mifére de l’elprit, mifére qu’ils ne fentent pas, ôc qu’ils regardent même comme un fonds précieux? Si les Médecins étoient confondus parmi les Empiriques & les vagabonds, pourroient-ils les initier dans les principes de la Médecine ? De fçavans Méchaniciens pourroienc- ils transformer en Géomètres de fimples Machiniftes qui ne font dans la Géométrie que des Empiriques orgueilleux? Avouons-le donc, les lumières des Chirurgiens ne font pour les Barbiers que ce que font des lueurs pour des hommes qui ont les yeux fermés.
Ce qu’il y a de plus fâcheux dans ce défordre, c’eft que les malheurs des anciens Chirurgiens découragent les éléves qui marchoient déjà fur les traces des Pare* ôc des Gu [LLemeau. Ces éléves avoient puifé des idées nobles dans l’éducation ôe dans les ufages du Collège de S. Louis. Comment fe feroient-ils abbaifles julqu’à entrer dans une nouvelle Société qui faifoit profeflion d’ignorance, & qui étoit avilie par des exercices in-