DE LÀ CHIRÜRG'IE. 343'
une telle union, il ne refie plus de marques aufqueiles 5 on puiffe reconnoître les vrais j Chirurgiens.
Par cette union pernicieufe, deux Corps gouvernés par des loix ôppofées fe transforment en un corps 5 monflrueuxv car on unit ce qui devroit être toujours féparé, &: qui porte un caractère ineffaçable d’oppo- fition , je veux dire l’ignorance &: le fçavoir. Si par cette affociation des Barbiers & des Chirurgiens, l’ignorance étoitfoumife aux lumières, ellepourroit fe diflw per plus aifémenn mais elle eff placée au même rang que le fçavoir, elle jouit des mêmes prérogatives y elle a le même droit fur la vie des hommes*, les Barbiers les plus ignorans fuccédent aux fçavans Chirurgiens, les loix mêmes érigent chaque ^Barbier en Maître de l’Art, c’eft-à-dire que ceux qui étoient bornés par leur ignorance & par leur profeflion a quelques faignées, à quelques panfemens groffiers, font' chargés fans réferve de la Chirurgie la plus épineufe- Or, quelle union-peut-il y avoir-entre des Membres fi difcordans?
- On ne peut attendre d’un Corps fi mal afforti qu’une guerre inteffine qui y* fixera l’ignorance, au moins pour quelque tems. Quand même quelque heureufe. circonftance y rétabliroit la paix, quelle reffource notre Art pourroit-il trouver dans cette Société bifar- re? Le refte des anciens Chirurgiens de Saint Côme feroit-il un heureux levain qui puiffe changer des fujets fi différens en une maffe moins informe ? Les convergions des hommes'éclairés infpireront-elles.aux Barbiers le vrai goût de la Chirurgie? Ne fçait-on pas que le goût pour les beaux Arts efl prefque toujours le frais..