DE LA CHIRURGIE." 89

mieux en connoître le progrès ôc le défordre quils entraînèrent avec eux, remontons à leur origine.

Les Chirurgiens occupés de lexercice de la Méde­cine entière, livrèrent aux Barbiers certaines opéra­tions ; ils leur abandonnèrent fur-tout la faignée, comme nous lapprenons de Lanfranc (a). Pour ce qui eft des autres fondions dont les Barbiers étoient chargés, elles ne renfermoient rien qui méritât le nom dopération ; elles ne s etendoient quâ des fecours com­muns ôc faciles. Tels étoient les panfemens qui ne de- mandoient que des mains : toute application des re­mèdes qui exigeoient du choix ôc des précautions, tou­te incifion fur le corps humain leur étoit interdite. Les

g nés &descifeaux, quils jouoient de la Hutte , quand ils acompagnoïent les époufées au Mouflier \; c'étoit eux qui les peignoient & leur coupoient les che veux : apparemment que ces exer­cices étoient les principales fonctions des Barbiers. $ °. Ces Ulàges entraî­nèrent des abus pernicieux ; les Chirurgiens trouvèrent encore quelques lecours dans les Barbiers pour des panfementsgroffiers; ces legeres fondions furent le prétexte fur lequel les Barbiers le fondèrent dans la fuite pour sériger en Chi­rurgiens : ainfi ce fut cet ulage que les Chirurgiens firent des Barbiers, qui forma ce prétexte , & qui don­na lieu à une infinité dabus.

(4) Jam fcivifiis , dit Lanfranc , quod propter noflramfuperbtam phlebo- tomia Barbitonforibus Jit reliàa .... & quod antiquitus erat Medicorum cfficium & maxime quontam Cbirurgici iliud exer celant.

! Enfin la laignée fut une opéra­tion attachée au métier de Barbier. Suivant nos Regiftres, dès quun Médecinarrivoit auprès dun mala­de, il demandoit un Barbier, qui paroilfoit avec les manches retrouf- fées tenant dans les mains des pa­lettes de terre, lelquelles coutoient chacune un denier. Cet ufage fub- fiftoit encore à la fin du quinziéme fiécle : De montemps i dit un des Au­teurs de nos Mémoires, fai vu étant avec M. Raoul Lefort , & M. Nicolas Rasse Desnæus, que feu M. Legran d fameux Médecin n'eût admis aucun Bai hier a autre opération faire avec la faignée. M. Pierre LafilleZ4 de fon temps. Jéhaand il étoit appellé chez, un malade , il de. m and oit qui eft votre Barbier ; & le Barbier apportait des poiUettes de terre à un denier piece , & laijfoit lefdites poiUettes qu'on jéttoit avec le fang . , Vol. C, pag, 21,

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