6 RECHERCHES SUR L’ORIGINE

Moines , à des hommes groffiers 5 entre les mains de ces Médecins fi finguliers il avoit également dé­généré en chai lataneries. Il paroît même, par ce qu’en difent nos Hiftoriens romanefques, que la confiance du Public étoit fort partagée : les Chevaliers qui étoient les Héros de ces tems - là, confioient aux Da­mes le foin de leur vie , qu’ils expofoient fi fouvent pour la gloire de leurs MaîtrelTes > le vulgaire trou- voit toujours affez d’habileté dans des efprits grof. hers , qui vantoient leur expérience 8c leurs fe- crets ; les Rois 8c les grands Seigneurs étoient li­vrés aux Mires 8c aux Médecins fpéculatifs for­més dans les Monafteres. Une telle barbarie pou- voit paroître excufable à la naiflance des Belles-Let­tres j mais ce qui étoit plus honteux, c’eft que lors même qu’un concours de génies heureux eut raffem- blé dans une Académie les Sciences 8c les Arts ; (a)

commençâmes de connoître l’u Ca­ge de la Médecine que bien avant fous la troifiéme famille de nos Rois pour le moins. Ni nos Hi- ftoires anciennes, ni nos Romans faits à plaifir, images de ce qui s’eft pâlie par la France , ne nous en donnent aucuns enfeignemens. Si un Chevalier eft bleffé , une Dame ou une Demoifèlle a les onguents pour guérir la playe ; Pasquier pug. 817. Pour ce qui eft des fem­mes , comme elles formoient une Seâe dans la Chirurgie , elles en formoient fans doute une fèmbla- ble dans la Médecine ; mais les Moines étoient les grands Méde­cins dans les tems qui précédèrent j’Univerfité , & meme avant que

l’Académie eût été fondée. Les Mires étoient les vrais Maîtres de l’Art de guérir ; ils étoient en mê- me-tems Médecins & Chirurgiens . Voyez la pag. 5 4. & 455.

( a) La Médecine fut la Icience qui fortit le plus difficilement de l’obfcurité : avant Louis VII. les Belles-Lettres étoient cultivées en France. Un Ecrivain très-eftima- ble, fçavoir Jean de Salisbury, le mocque allez agréablement de la Médecine même de Salerne ; pour ce qui eft de la nôtre, elle n’avoit pas encore mérité avant Louis VII. d’entrer dans les Eco­les de Paris, & d’être reçue mê­me parmi les Arts. Ce ne fut que fur la lin du Régné de ce même