2.88 Recherches sur l'origine
» Ce fut vraiment la couronne de juftice que ren- » dit Jean Martin à Martin Akakia 9 pour en
de ârdeur d’efprit à la leélure des Livres d’Ariftote, Prince perpétuel de la Philofophie, qu’il dévoroit ; mais il prit tant de fi gros morceaux, & avec tant d’avidité ( comme les enfans allouvis qui s’engorgent & s’étouffent de lait & d’autres bonnes viandes, puis les regorgent) que prenant & digérant mal cette viande, quoique bonne 8c fâvou- reufe de foi, 8c toute pleine de fuc & de nourriture, j’entends la doc tiine d’Ariflote tant admirée , & fi curieufement apprife de tous les Sçavans & des plus fages & judicieux ; il la prit à dégoût, puis hon- teufement la regorgea èc rejetta avec tel mépris 8c dédain, que quoiqu’il fût au plus, comme on fçait, médiocre Philofophe, & qu’il n’entendît pas affez bien, ou feignît d’entendre le grand Maître Àrifi- tote,eut néanmoins la prélomption d’écrire contre lui, & de faire des Livres, ou plûtôt des Libelles diffamatoires, 8c déclamations d’injures & calomnies que de vraies & philofophiques réfutations contre le Maître des Maîtres; & non content d’abboyer le Maître Ariftote, qu’il ne fçavoit pas interpréter, & moins bien enfeigner, îl hurloit contre fes difciples, c’eft - à - dire contre ces grands Philofophes de l’Univerfïté de Paris, & Profeffeurs de fon tems, qui étaient excellens Péripatéticiens & beaucoup pius fçavans que lui en Philofophie ; comme entre autres Carpentarius, Scheckius, Hiolanus qui en eurent auffi leur
raifon, fpécialement Carpenta- Rius, auffi Leéleur du Roy en Phi- îofophie Greque & Latine, qu’on appelloitLantagonifte de Ramus & fon fléau, parce qu’il le réfutoit méthodiquement & feientifique- ment. Au refte ces contentions 8c émulations philofophiques, & l’audace de Ramus firent grand bruit & foandaleen l’Univerlité, qui fut ap- paife & réglé par ordre & commandement du Roy, qui voulut que Dane’s, le Prince des Leéteurs Royaux, grand Philofophe & grand Théologien , fût député Commif-- faire principal avec deux Affèffeurs, Jean Salicnac Doéfeur en Théologie, & Jean Quintain , pour faire le procès de R a M u s , accule principalement p’ar Antoine de Gouea Efpagnol ou Portugais, excellent Phiîofophe 8c Humanise, qui fe rendit dénonciateur contre les héréfies & nouvelle doctrine de Ramus , laquelle doétrine fut condamnée, & Ramus bani à perpétuité de l’Univerfité, & les Livres par lui compofes, condamnés à être brûlés devant le Collège de Cambray, comme témoigne Gene- BR4D en l’Oraifon Funèbre de Danf.’s imprimée à Paris l’an 1577 . chez Martin le jeune; & ce Procès, ce dit Genebrard, efl: entier dans les cofres de l’Univerfité, & y demeurera tant que l’Univerfité fleurira, pour le fige jugement dudit Dane’s, 8c en déteftation de l’audace & outrecuidance dudit la Rame’e ou Ramus; d’où il appert
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